Retour sur le grand succès du projet culturel et pédagogique mené avec les communautés de communes des plaines et vallées dunoises. Les deux spectacles interactifs, ont vu défiler plus de 200 enfants sur scéne, un aboutissement réussi.
A Vernouillet, les ateliers de Textes & Reves préparent leur prochain rendez vous avec le public.
Après le Grand Magasin Nomade de Poésie à Dreux, au Cercle Laïque, le 18 Mars 2012 , ils préparent le prochain spectacle de Theatre qui aura lieu à L’Atelier à spectacle de Vernouillet le 3 Juillet 2012…
Les inscriptions pour la saison prochaine, s’ouvrent des le 1er Juin, si vous souhaitez participer aux ateliers Jeunes ou Adultes …
La journée s’est achevée au sein de la bibliothèque par une rencontre avec les comédiennes, Garance Duarte, Marie Poumarat et Pauline Maharaux ainsi que le public composé de parents et d’enfants revenus nombreux explorer la malle.
Mercredi 4 Avril 2012 à 10h et à 11h, la Caravane des Poètes donnera deux représentations du spectacle « Des Poètes dans la résistance» à Chartres dans la salle du Collège Sainte Marie. A cette occasion, voici un nouveau texte de René Robinet dans notre rubrique Parole De...
Coup de cœur ?
Jorge Semprún, la poésie et l’univers concentrationnaire
Très jeune, Semprún a rencontré la poésie (il a d’ailleurs signé avec Claude Roy une anthologie de la poésie française .
A 13 ans, il découvre Baudelaire et voici comment, plus tard, il évoquera cette « initiation » :
« En réalité, j’aurais pu demeurer le reste de l’après-midi à murmurer des vers des Fleurs du mal.
Des pigeons piégés par mon immobilité de statue seraient venus se poser sur mon épaule, y déposant leurs fientes. Vers le soir, une passante apitoyée par ma solitude, par mes vêtements détrempés et souillés, inquiète et à la fois charmée de me voir proférer interminablement des alexandrins d’une voix de plus en plus éteinte, brisée, m’aurait recueilli chez elle, dans son appartement plein de fleurs, d’odeurs légères et de divans profonds ». (in Adieu, vive clarté)
De l’adolescence au maquis de Bourgogne puis au camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar, la poésie a suivi Semprún comme son ombre.
Dans « Le mort qu’il faut », Semprún raconte :
La faim, le froid, le manque de sommeil étaient très durs à supporter mais on ne parle pas assez d’un des éléments les plus terribles même si ce n’était pas le plus spectaculaire : la promiscuité. Tous les actes de la vie se passaient à la vue de tous, et chacun avait sa méthode pour essayer d’être seul. Réciter des poèmes intérieurement ou à voix basse permettait de se raccrocher à un univers autre que celui du camp. Mais quand on commence à oublier les poèmes, à n’en conserver que des fragments, ceux-ci deviennent de plus en plus précieux et c’est de plus en plus angoissant. (…). C’est la mémoire poétique qui m’a aidé à supporter cette nuit-là, allongé parmi des mourants.
Bouée de sauvetage mais pas seulement.
Semprún fait état de l’existence de réunions culturelles, clandestines bien entendu, qui se tenaient certains dimanches dans l’une des salles de l’infirmerie. A l’une d’elles il fut invité à faire un exposé sur Rimbaud. Salle comble.
Nous atteignons à l’essentiel lorsque Semprún assiste le professeur Maurice Halbwachs dans ses derniers instants et éveille l’ultime lueur dans son regard en lui récitant Baudelaire :
O Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons.
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons.
Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’univers pour trouver du nouveau.
Plus tard – et cruellement, c’est déjà la libération - il fermera les yeux de Diego Moralès, vaincu par la dyssenterie, en lui récitant le bouleversant poème de Cesar Vallejo :
Y le dijo : no mueras ! te amo tanto !
Pero el cadáver ¡ ay ! siguió muriendo
C’est d’ailleurs avec un vers de Celan, extrait de la « Fugue de mort » que Semprún a signé son tout dernier ouvrage : « Une tombe au-delà des nuages ».
Alors vous montez en fumée dans les airs
Alors vous aurez une tombe au milieu des nuages on n’y est pas couché à l’étroit
D’autres que Semprún ont apporté un témoignage identique.
Ainsi de Stéphane Hessel. Ce maître-ès-indignation parachuté de Londres et arrêté, fut lui aussi déporté à Buchenwald. Il écrit : « Il fallait, la nuit, éviter de bouger, éviter de bousculer un voisin mort de fatigue et irritable, apprendre à dormir sur le dos ». après avoir cité The raven, de Poe, il ajoute : « le « Cimetière marin » également harmonieux dans le déroulement de ses strophes a joué pour moi ce merveilleux rôle « d’assoupisseur » dans les baraques glaciales de Buchenwald, Schönebeck, Rottleberode, Dora ».
Et comment, dans cet ordre d’idées, ne pas penser à Primo Levi qui dans « Si c’est un homme », fait longuement intervenir la Divine Comédie dans l’univers tragiquement déshumanisé d’Auschwitz. Entre autres ces vers qui alimentent toujours notre pensée :
Considerate la vostra semenza
Fatti non foste a viver come bruti
Ma per seguir virtute et conoscenza
René Robinet